MA VOCATION
J’ APPRENDS DANS L’EXIGENCE ET LA JOIE
Mon premier stage, je l’ai fait à La Petite Maison de Cucuron, grâce à l’aide et aux conseils de mon père. C’était un choix idéal : une petite maison étoilée et exigeante. J’y ai beaucoup appris auprès d’Éric Sapet, un super chef.
L’été qui a suivi.j’ai continué à travailler à la maison, en donnant des coups de main en cuisine, à droite et à gauche.
L’année d’après, j’ai fait deux stages. Le premier à l’hôtel Métropole à Monaco, au restaurant deux étoiles de Joël Robuchon, dont le chef est Christophe Cussac. La cuisine, immense, m’impressionnait beaucoup.
Je suis passée par tous les postes de cuisine et de pâtisserie. En plus, j’ai découvert la cuisine japonaise dans l’un des autres restaurants de l’hôtel.
Étape suivante le Relais Bernard Loiseau, un établissement trois étoiles où j’ai eu la joie de travailler dans un véritable esprit de famille. Madame Loiseau est une grande dame de la restauration.
En dernière année, j’ai fait partie de ceux qui ont eu la chance de se rendre en Angleterre dans un restaurant à Uckfield, etje suis tombée amoureuse du pays. Alors quand j’ai eu mon bac pro en poche, j’ai annoncé à mes parents que je voulais repartir. J’ai débarqué au Waterside Inn de Michel et Alain Roux. Là encore, j’ai eu la chance de trouver un véritable esprit de famille. Et dans ce bel hôtel-restaurant, j’ai appris à parler anglais de manière naturelle. Après une année en cuisine, j’ai voulu m’essayer à travailler en salle, car elle était dirigée par l’un des meilleurs maîtres d’hôtel au monde, Monsieur Diego. J’ai commencé comme hôtesse d’accueil, puis, en guise de cadeau de Noël, j’ai été promue demi-chef de rang. J’ai adoré ce travail de service et j’ai beaucoup appris. Avant de rentrer en France, j’ai même fait deux semaines en chambre avec la gouvernante. Je sais maintenant vérifier une chambre, la préparer pour un VIP …
J’ai vraiment fait un tour complet de cette maison. Et j’ai pu ramener mes nouvelles connaissances à La Bonne Étape
JE PRENDS MES MARQUES À LA MAISON, AUPRÈS DE MON PÈRE
En rentrant, j’ai eu un peu la nostalgie de l’Angleterre, et même l’idée de partir au Japon. Mais j’ai décidé de rester. En travaillant en cuisine avec mon père, nous avons commencé à parler recettes, entre autres des recettes à emporter pendant la crise sanitaire du Covid-19. Cette période a encore renforcé nos liens. Puis, il a eu une rupture d’un tendon du quadriceps et j’ai été jetée directement dans le grand bain. Il a fallu tout gérer, et pas uniquement la cuisine. J’étais stressée au début, mais l’équipe m’a vraiment soutenue. Quand mon père est revenu, il m’a dit «Si tu te sens bien, on continue comme ça.» Alors j’ai gardé mon nouveau rôle en cuisine et on crée désormais les cartes ensemble.
MA FAÇON D’APPRENDRE
Comme le dit mon père:« Le métier ne s’apprend pas, il se vole.»
Il faut savoir capter, regarder. En plus des gestes qu’on m’enseigne, je suis curieuse, je regarde ceux des autres, ce qui se passe ailleurs dans la cuisine.
Tous les soirs, depuis des années, j’écris dans un carnet tout ce que j’ai fait dans la journée, ce que j’ai appris, ce que j’ai essayé, ce qui a bien marché ou pas. J’ai aujourd’hui entre quinze et vingt carnets.
Et quand je vois les membres de l’équipe prendre des photos en cuisine je leur dis « Si tu veux t’en souvenir, dessine le plat I Ça imprime plus ta mémoire que celle de la machine ! »